(LCP) Dans le cadre de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, le lieutenant-détective de l'Équipe intégrée de lutte au proxénétisme, Dominic Monchamp, « seul témoin expert qu'on a en la matière au Canada », expose aux élus la complexité des opérations pour arrêter les clients :

 

« Pour réaliser une opération client, ça demande énormément de ressources. Je ne mentionnerai pas le nombre de policiers requis pour ne pas indiquer ou parler de nos méthodes d'enquête, mais c'est un nombre considérable de policiers pour plusieurs raisons, des raisons de sécurité, des raisons de logistique, ce qui fait en sorte que ce genre d'opération là, lorsqu'on les réalise, il y a la planification de ces opérations-là qui demande du temps, il y a la mobilisation de ce personnel-là pour les journées qui vont être effectuées.

 

Et la suite devant les tribunaux, comme je vous l'ai expliqué, lorsqu'on arrête cinq, 10, huit clients lors d'une journée, nécessairement, tous ces dossiers-là vont être contestés. C'est autant de journées où tous les policiers impliqués dans ces opérations-là vont être à la cour.

 

Ce qu'il faut savoir, c'est que, dans le mandat de l'équipe intégrée ou dans le mandat de toutes les équipes de lutte au proxénétisme, on est tous d'accord, il faut absolument s'attaquer à la demande si on veut toucher ce problème-là.

 

Mais où nous, on doit composer avec les ressources disponibles, notre personnel, les urgences, la nature même des enquêtes d'exploitation sexuelle, c'est un crime contre la personne. Ça fait que ce qu'il faut savoir, c'est que nous, on a des enquêteurs de garde 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et on est appelés 365 jours par année pour des urgences. Alors, il faut combiner avec les ressources disponibles des enquêteurs que nous avons.

 

La réalité est cette priorité-là qui est de s'attaquer à la demande et la réponse aux urgences et à la clientèle qui est centrale de nos enquêtes, c'est-à-dire les victimes. Alors, lorsque les victimes nous contactent ou on a des enquêtes où il y a des risques imminents pour la sécurité, des dangers pour la vie, bien, bien évidemment, on va prioriser ces dossiers-là, et ça arrive plusieurs fois par année.

 

Et comme je vous l'ai exposé, à chaque fois que ça arrive, ce type d'enquête là, ça prend plusieurs semaines, sinon mois, pour les réaliser. Alors, c'est pour cette raison-là qu'on n'en fait pas plus.

 

Ceci étant dit, on pourrait en faire plus, mais il est faux de dire qu'on n'en fait pas. Depuis 2017, il y a eu 97 personnes arrêtées dans la province. L'équipe intégrée a coordonné 11 opérations à travers la province.

 

Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à chaque fois qu'on déploie cette opération-là, bien, on forme des policiers, on forme des enquêteurs. C'est extrêmement compliqué, même si ça peut paraître simple. Il suffirait pour vous de vous déplacer sur une opération pour voir la complexité de ces opérations-là.

 

Donc, on a 97 personnes qui ont été arrêtées. On arrête des clients dans le cadre de ces opérations-là, on arrête des clients dans le cadre de nos enquêtes d'exploitation sexuelle. Les clients qui sont arrêtés dans le cadre de ces opérations-là, c'est souvent pour des crimes crapuleux. C'est des clients dangereux, c'est des clients pour lesquels il y a des éléments de dangerosité.

 

On ne le fait pas tout le temps parce que ce qu'il faut comprendre, c'est qu'encore une fois c'est un crime contre la personne. Ça prend un témoin dans ces cas-là précis si on ne fait pas sous opération policière, ce qui fait en sorte qu'une victime qui est exploitée sexuellement par un trafiquant va devoir témoigner dans le procès de ce trafiquant-là.

 

Mais si on accusait tous les clients pour lesquels elle a fourni des services sexuels, ça serait autant de procès dans lesquels elle devrait témoigner, ce qui n'est pas réaliste et ce qui est extrêmement... serait nocif, vous pouvez le comprendre, pour ces victimes-là.

 

Alors, c'est pour cette raison-là que, dans ces cas-là précis, il y a vraiment une priorisation en fonction de la dangerosité puis vraiment un degré de gravité qui est évalué, précisément dans le cadre de nos enquêtes de proxénétisme. Et c'est pour ça que les opérations proactives que nous, on déploie sont importantes, parce que ça n'implique pas les victimes et l'objectif fait en sorte qu'on peut décourager ces individus-là. »

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